
Présidentielle 2025 : «Cette élection ne doit pas se transformer en crise»: l’appel des évêques catholiques aux partis politiques, guides religieux, médias, forces de défense, à la CEI etc.
Lemandatexpress – Alors que le processus électoral en Côte d’Ivoire s’accompagne d’une montée des tensions dans le débat public, les évêques de l’Église catholique ont pris leur bâton de pèlerin pour alerter sur le danger qui plane sur la stabilité du pays.
En janvier dernier, lors de sa 126ᵉ Assemblée plénière, qui s’etait tenue à Bondoukou, la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI) avait déjà tiré la sonnette d’alarme, rappelant que la politique est une noble vocation au service du bien commun. Dans le même élan, cette conférence ecclésiastique a publié une déclaration datée du 11 mars 2025, intitulée « Appel pour une élection présidentielle juste, transparente, inclusive et apaisée ». Un appel qui s’adresse au gouvernements, aux partis politiques, aux hommes de médias, aux guides religieux, à la CEI, aux jeunes ainsi qu’aux forces de défense et de sécurité.
La réconciliation nationale, un véritable défi
« L’élection présidentielle à venir inquiète toute une population dont la mémoire reste blessée par les précédentes élections, surtout celles de 2010 et 2020. Cette nouvelle élection ne doit pas se transformer en crise », plaide la CECCI.
S’adressant aux gouvernants, la Conférence des évêques de Côte d’Ivoire a souligné le caractère déterminant du virage que le pays aborde dans son histoire. « Aussi appelons-nous au renforcement des bases éthiques et à la légitimation démocratique par une décision d’intégration politique de tous les candidats pour une élection présidentielle juste, transparente, inclusive et apaisée. Cela est d’autant plus urgent que la réconciliation nationale constitue un véritable défi. Car, malgré les efforts notables du gouvernement, certains chantiers entamés dans cette perspective sont demeurés comme des symphonies inachevées », indique la déclaration.
Aller de l’avant sans ruser
Après les gouvernants, les évêques se sont adressés aux partis politiques, acteurs clés du processus électoral. Et, à ce niveau, ils ont invoqué un passage d’une épître de Paul pour les interpeller sur leurs responsabilités : « Ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres », ont rappelé les évêques avant de souligner que « le défi demeure et reste à relever à travers une volonté d’aller de l’avant sans ruser ».
Plus de décence et de vérité
Aux guides religieux, la Conférence a lancé cet appel : « Nous, vos frères les Archevêques et Évêques, vous encourageons à préserver la paix en faisant preuve de dignité devant le marchandage financier électoraliste. Ensemble, travaillons à plus de décence et de vérité ; et que la recherche du gain facile, la convoitise, la quête du mieux-être à tout prix ne mettent pas à mal notre intégrité. Notre Dieu, qui est UN et qui aime tous les hommes d’un même amour, nous a choisis comme des guetteurs. Redoublons d’ardeur dans la prière. Que, par sa miséricorde, notre pays connaisse enfin la joie d’une élection présidentielle juste, transparente, inclusive et apaisée. »
S’adressant aux hommes de médias, la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire a souligné leur capacité « à constituer une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille (…) quand ils deviennent des instruments de promotion de la participation de tous à la recherche commune de ce qui est juste ».
Pour cela, la CECCI les invite à avoir pour visée principale « la promotion de la dignité des peuples, à être expressément animés par la charité et à se mettre au service de la vérité, du bien et de la fraternité ». Si les médias jouent un rôle crucial en facilitant l’accès à l’information et en contribuant à un débat démocratique éclairé, la CECCI les exhorte à ne pas attiser la haine.
Elle invite également les autorités de régulation (la HACA et l’ANP) à veiller au respect de la déontologie et de l’éthique journalistique.
Respect des droits humains
Le message aux forces de défense et de sécurité est tout aussi poignant : « Nous exhortons les forces de défense et de sécurité à faire preuve de professionnalisme, de neutralité et de respect des droits humains afin de sécuriser et garantir des élections pacifiques et transparentes. La préparation et la coordination avec les autres parties prenantes (commissions électorales locales, autorités judiciaires, etc.) sont essentielles pour minimiser les risques et assurer le bon déroulement de l’élection présidentielle. »
À la Commission électorale indépendante (CEI), la CECCI rappelle l’importance de construire la confiance en respectant les normes les plus objectives de transparence et d’impartialité. « Nous l’exhortons également à honorer son engagement en faveur de l’équité et à travailler à la réduction de toute faille potentielle dans le système qui pourrait miner la confiance du public dans les futures élections. »
Enfin, s’adressant aux jeunes, dont l’importance dans le jeu démocratique n’est plus à démontrer, les évêques les ont suppliés « de prendre conscience de leur avenir et d’agir en toute responsabilité ».
« Face aux enjeux de cette élection cruciale, la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire appelle chaque acteur—des gouvernants aux citoyens—à faire preuve de responsabilité et d’engagement pour une démocratie apaisée. Que la quête du pouvoir ne l’emporte pas sur l’unité nationale, et que la sagesse guide les décisions de tous afin que cette élection soit un pas vers la réconciliation et non vers une nouvelle fracture. Car l’avenir du pays en dépend.
M.Galé